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Date de création : 22.07.2012
Dernière mise à jour : 15.08.2012
3 articles


Histoire (partie 2)

Publié le 22/07/2012 à 18:35 par burundi Tags : homme chez histoire 2010 dieu message société annonce afrique paysage

Après 1989


Après la tentative du coup d’État d’octobre 1969, les évêques catholiques ont demandé aux chrétiens de maintenir la paix et lutter contre la haine ethnique: “Collaborez au maintien de la paix au Burundi. Méfiez-vous de ceux-là qui vous incitent à la haine en vous exposant des plaintes injustifiées ou en vous encourageant au mal (...) Évitez ceux qui, se basant sur les ethnies et les clans, sèment la dissension; ainsi les Burundais pourront se réconcilier et s’entendre de nouveau comme des frères unis“. La promotion de ce même idéal transparaissait dans le message que ces évêques ont donné après les événements de 1972; ils ont demandé aux chrétiens de rester unis:


“Le Burundi, la patrie des Barundi, tel les ancêtres l’ont construit, tel ils nous l’ont légué. Et l’histoire de nous apprendre que celui qui attaquait le Burundi voyait les Barundi se lever comme un seul homme pour le mettre hors d’état de nuire. Aujourd’hui, c’est tout le pays qui est endeuillé. Nous portons tous la même peine. Consolons-nous dans une prière des uns et pour les autres (...) Les hommes sont tous frères. Et nous Barundi (Batwa,Bahutu, Batutsi) sommes tous créatures du même et seul Dieu, sommes tous fils du même et seul père. Dieu nous a créé dans le même Burundi“.


Les évêques demandaient aux prêtres, aux religieux et aux religieuses de créer un climat d’entente et de fraternité et de lutter contre le racisme:


“Nous ne sommes pas au service de deux peuples: un peuple hutu et un peuple tutsi. C’est bien et bien d’un peuple murundi qu’il s’agit. (...) La seule attitude chrétienne valable nous commandera d’écarter tout ce qui divise notre peuple, tout ce qui, de près ou de loin, entretient la haine raciale. Le racisme doit être condamné d’où qu’il vienne. Il serait fallacieux de vouloir condamner le racisme tutsi en alimentant celui des hutu et vice-versa“.


Cette détermination de contribuer à soutenir la consolidation de l’unité nationale était prônée par cette institution religieuse même quand elle avait des problèmes de collaboration avec les autorités de la 3e république :


“Nous savons que le Burundi est depuis longtemps une nation, unie par sa langue, ses croyances, ses coutumes et son administration. Il faut à tout prix que cette unité nationale soit maintenue et renforcée. Nous n’avons pas le droit de nous payer le luxe des divisions qui, en définitive, ne profitent à personne. Nous vous demandons de tout faire pour insister sur ce qui nous unit plutôt que ce qui divise. Inspirez-vous de cet enseignement de St. Paul à propos des Juifs et des Grecs: C’est le Christ Jésus “qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine“ (Eph.2,14) Le processus d’intégration ethnique en cours depuis des siècles mérite d’être soutenu et encouragé avec le maximum des énergies morales que donne la foi chrétienne. Il faut que le Gouvernement soit aidé dans son projet de poser des bases modernes pour favoriser l’unité nationale et la collaboration de tous les citoyens dans la construction du pays“


1993-1994


Pendant la crise d’octobre 1993, d’autres confessions religieuses se sont jointes à l’Église catholique pour exprimer leur volonté de voir les Burundais s’engager sur la voie de l’unité :


“Nous condamnons énergiquement cette violence. Nous vous demandons avec insistance : convertissez-vous. Réconciliez-vous et acceptez que Dieu vous guérisse de la haine et de la vengeance. (...) Le Burundi n’est pas un pays de Hutu seulement, ce n’est pas un pays de Tutsi seulement, ce n’est pas un pays de Twa seulement. Le Burundi est un pays de tous les Barundi. Ressaisissons-nous donc tous pour reconstruire ensemble notre pays“.


Au mois de juin 1994, les représentants des églises épiscopales chrétiennes du Burundi ont organisé une prière oecuménique au cours de laquelle elles conditionnent le retour de l’unité des Burundais à une demande du pardon mutuel: Quand nous nous serons demandé mutuellement pardon pour sortir de notre péché, c’est alors et alors seulement que tous les Barundi, Hutu, Tutsi, Twa retrouveront la voie du dialogue, de l’amour et de la concorde. C’est alors que l’unité des Barundi retrouvera sa place dans un Burundi réconcilié. C’est l’unité des hommes de toutes les races que veut Jésus-Christ“ Cet élan visant la promotion de l’unité nationale n’a pas été beaucoup poursuivie avec la même détermination après l’accession au pouvoir en juillet 1993 par Melchior Ndadaye. Pour lui, le concept de l’unité est ramené à l’égalité des chances entre les citoyens. Le programme de son parti, le FRODEBU, l’ a bien inscrit en son point numéro 5: “L’unité entre les composantes de la société burundaise devra être cimentée par la mise en avant d’une éthique d’égalité de chances et de droits entre tous les citoyens, la promotion d’une culture de mérité, de tolérance et de respect d’autrui“. Cette formation politique voulait combattre l’exclusion dont certaines catégories sociales avaient été l’objet notamment autour des années 1972.

 

C’est dans cette optique d’ailleurs qu’elle prône un principe égalitaire, principe qu’elle a souvent mis en avant dans ses discours politique. Le président M. Ndadaye a défendu ce principe démocratique, lors d’une conférence de presse du 22 août 1993, en faisant remarquer que « le culte du tribalisme est condamné à perdre ses adeptes; aucune ethnie n’ayant plus de droit qu’une autre à l’autel de la démocratie et du développement intégral de tous ». Par ailleurs, il avait l’habitude de dire, lors de sa campagne électorale, que l’on ne parlera plus de la question ethnique dans cinq ans au Burundi. Une idée que les partis de l’Opposition explotaient en reprochant à son parti de préparer la guerre. Son souhait était de voir le Burundi ne plus connaître les guerres civiles : “Notre vœu le plus ardent est que le peuple burundais soit à jamais à l’abri des confrontations ethniques. Nous voulons que partout dans les ménages, sur les collines, dans les communes et provinces, dans les écoles et les casernes, il n’y ait plus de sang versé à travers les confrontations ethniques. Nous voulons que le peuple burundais assume son histoire telle qu’elle est. Des erreurs ont été commises et il reste d’autres problèmes sérieux qui ne cessent de peser sur notre processus démocratique. Nous ne voulons pas les laisser nous bloquer et nous paralyser (...) Les erreurs doivent être reconnues comme tel et corrigées. C’est cela une des conditions de départ pour un Burundi Nouveau“.


1997-1999


Nous venons de voir que le Burundi a connu des crises identitaires qui ont par la suite contribué à créer une mémoire hutu et une mémoire tutsi. Des repères identitaires ont été ainsi modifiés faisant fi des réalités sociales qui existent au Burundi. Les mémoires créées recourent à la globalisation. Des sans-voix existent mais ne parviennent à hausser le ton et faire entendre plus fort leur mémoire. La crise actuelle a fait que certains esprits commencent à penser - comme cela avait été proposée en 1972 par l’ambassadeur des États-Unis au Burundi, Thomas Melady - à diviser le Burundi en Hutuland et en Tutsiland. D’autres proposent de reconnaître dans ce pays - tout en y tenant compte dans la gestion du pays - l’existence de deux peuples au sein d’une même nation. Les nouvelles mémoires burundaises sont là, elles existent. Mais doivent-elles primer sur l’histoire dans la recherche des solutions devant aider le Burundi à sortir de ce bourbier dans lequel il est plongé? Le rejet d’un intégrisme ethnique qui favorise le manichéisme et ses conséquences est, me semble-t-il un prérequis, pour mieux appréhender le passé de cette société. Pour ce faire, la recherche d’une mémoire consensuelle semble être la voie la plus indiquée. Cette mémoire ne peut pas se passer de recourir à l’histoire du Burundi dans ses hauts et dans ses bas. Cette histoire doit être assumée totalement. Il me semble que l’on doit faire beaucoup attention aux falsificateurs de l’histoire qui pensent que l’histoire du Burundi ne se limite qu’à ces drames qui ont emporté de centaines de milliers de vies humaines. Ces tragédies ont une histoire qui peut être étudiée et qui permet de connaître la vérité et de démontrer que ces crises ne sont pas séculaires. L’histoire du Burundi n’est donc pas que ce tableau sombre. Il convient de reconnaître que dans cette société des stratégies ethnicistes visant à mettre l’ethnie en avant en faisant volontairement fi de la citoyenneté nationale burundaise existent tant chez des Hutu que chez des Tutsi. Mais il convient au niveau de l’analyse de l’univers social, ne pas considérer chaque composante sociale comme une collectivité autonome. Une orientation vers la culture de la haine ne peut en aucun cas contribuer à l’entretien d’une mémoire consensuelle. Le recours à l’histoire peut aider à y voir plus clair. À la suite d’une conférence sur le Burundi qui avait eu lieu au siège de l’UNESCO à Paris du 26 au 28 septembre 1997 sur le thème “Construire l’avenir pour le Burundi“, une recommandation avait été formulée de “mobiliser ...la communauté scientifique des historiens afin d’assister les Burundais à réécrire l’histoire de leur pays“. Cette proposition intéressante a déjà eu des suites positives puisque cette même organisation internationale a déjà organisé, du 21 au 22 juin 1999, une conférence sur l’écriture de l’histoire de ce pays. Plusieurs historiens et chercheurs burundais et étrangers qui ont participé à cette rencontre scientifique ont rappelé “la nécessité et l’utilité d’écrire l’histoire du Burundi d’après l’indépendance; il est évident, à leurs yeux, que toute étude de l’histoire d’une période aussi troublée et déchirée que celle d’après l’indépendance doit être menée en utilisant les sources rigoureusement selon les règles de l’art“. L’écriture de cette histoire du Burundi permettrait d’éclaircir des ombres et des controverses qui parfois sont à l’origine des manipulations que l’on rencontre ici et là quand on veut s’informer sur le passé composé de cette société. Les orientations méthodologiques proposées par Christophe Charle et al me semblent convenir pour le cas du Burundi: “La responsabilité (...) L’affirmation vigoureuse que l’histoire est une spécialité (...). La fidélité à une méthode (...) . L’application de ces critères ne peut-elle pas aider si on veut « construire l’histoire » du Burundi ?


Transition


Après les massacres de 1988 (20 000 morts), pour éviter d'autres bains de sang, le major Pierre Buyoya décide de lancer le pays dans une transition politique. En 1992, l'Uprona perd son statut de parti unique et le 1er juin 1993 Pierre Buyoya organise les premières élections pluralistes dans le pays. Il perd la présidentielle face au candidat du FRODEBU (Front pour la Démocratie au Burundi) Melchior Ndadaye. Le 26, les législatives confirment la tendance et le Frodebu devient majoritaire à l'assemblée. Le 10 juillet, Sylvie Kinigi est nommée première ministre. Les Tutsi, qui avaient la mainmise sur l'appareil d'État depuis longtemps (au moins depuis l'indépendance) alors qu'ils ne représentent que 15 % de la population, prennent peur du pouvoir que gagnent, de manière légale, les Hutu, d'autant plus qu'après avoir été considérés comme des êtres inférieurs, certains Hutu veulent une revanche. De plus certains Tutsi considèrent le pouvoir comme un de leurs attributs et refusent que de simples Hutu puissent gouverner.


Massacres de 1993


Le 21 octobre 1993, des militaires de l'armée exécutent le président Melchior Ndadaye et six de ses ministres. Le pays s'embrase. Au début, des milliers de civils tutsi sont massacrés par leurs voisins hutu. Puis l'armée réagit très violemment au massacre de Tutsi, comme en 1972, et engage une répression très dure et massacre des Hutu. Au total 50 000 à 100 000 personnes (à majorité tutsi) sont tuées, certaines sources parlent de 200 à 300 000 victimes1. Une Commission internationale d'enquête au Burundi envoyée par l’ONU conclue dans son Rapport S/1996/682 qu'il y a eu des actes de génocide contre les tutsi. Plusieurs organisations et partis politiques souhaitent que ce génocide soit qualifié officiellement comme l’indique ledit rapport et qu'un tribunal pénal international soit mis sur pieds pour juger les auteurs. Avec l'assassinat du Président Ndadaye, des milliers de citoyens burundais avaient fui vers le Rwanda, l'ex-Zaïre et la Tanzanie. C'est le début d'une guerre civile. Le 14 janvier 1994, alors que Bujumbura vit au rythme des massacres, Cyprien Ntaryamira du FRODEBU est élu président pour calmer la situation et la première ministre Sylvie Kinigi reste en poste jusqu'à la nomination d'un uproniste, Anatole Kanyenkiko, le 11 février pour diriger un gouvernement d'Union nationale. Le pays est un champ de désolation : 800 000 exilés et 180 000 déplacés à l'intérieur du pays. Le 6 avril 1994, l'avion qui ramenait le président Ntaryamira ainsi que son collègue rwandais Juvénal Habyarimana est détruit en plein vol par un missile. Sylvestre Ntibantunganya est nommé président intermédiaire du Burundi le 30 septembre 1994. Le major Buyoya reprend le pouvoir par un coup d'État le 25 juillet 1996.


Espoir d'Arusha


Le 28 août 2000 est signé à Arusha, en Tanzanie, sous l'égide de Nelson Mandela un accord de paix. L'Afrique du Sud envoie 700 militaires pour veiller à la mise en place de l'accord et assurer la sécurité des membres de l'opposition de retour d'exil. Le 10 janvier 2001, une assemblée nationale de transition est nommée et son président est Jean Minani, président du Frodebu. L'accord d'Arusha entre en vigueur le 1er novembre 2001 et prévoit, en attentant des élections législatives et municipales pour 2003 et présidentielles pour 2004, une période de transition de 3 ans avec pour les 18 premiers mois, le major Buyoya à la présidence et Domitien Ndayizeye du Frodebu au poste de vice-président avant que les rôles ne soient échangés. L'alternance prévue fut respectée par Pierre Buyoya qui céda le pouvoir au bout de dix-huit mois. Les différents portefeuilles du gouvernement sont partagés entre Uprona et Frodebu. Le 4 février 2002, le Sénat de transition élit l'uproniste Libère Bararunyeretse à sa présidence.


Nouvelle donne


Malgré les critiques du comité de suivi des accords d'Arusha à l'encontre du gouvernement, en particulier en ce qui concerne la modification de la composition ethnique de l'armée et de l'administration, c'est-à-dire un rééquilibrage ethnique de ces deux institutions, l'exécutif Hutu-Tutsi fonctionne.


Cependant, le 7 juillet 2003, les forces hutu des CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie), en coalition avec le PALIPEHUTU-FNL (Parti pour la libération du peuple hutu-Forces de libération nationale) attaquent Bujumbura. 40 000 habitants fuient la capitale. Un accord de paix (protocole de Pretoria) est néanmoins signé le 15 novembre 2003 entre le président Ndayizeye et le chef des CNDD-FDD. La principale branche de la rébellion (CNDD-FDD) entre au gouvernement, au sein duquel elle détient quatre ministères et dispose également de postes de haut rang dans les autres institutions, conformément à l'accord d'Arusha.


Le CNDD-FDD, dirigé par Pierre Nkurunziza, s'impose dès lors comme l'un des principaux acteurs politiques en obtenant la majorité absolue aux élections communales du 5 juin 2005 (1 781 sièges sur les 3 225 à pourvoir) avec 62,9 % des voix, contre 20,5 % pour le FRODEBU et seulement 5,3 % pour l'Uprona. Le CNDD-FDD, majoritairement hutu, dispose désormais de la majorité absolue dans 11 des 17 provinces du pays. Une victoire sans appel qui annonce la recomposition du paysage politique après douze années de guerre civile et met un terme au long tête-à-tête entre l'UPRONA et le FRODEBU. Mais le vote a aussi rappelé que certains rebelles (PALIPEHUTU-FNL) n'ont pas encore déposé les armes (le jour du scrutin, 6 communes ont été la cible de violences). Ces opérations d'intimidation révèlent que la trêve conclue le 15 mai 2005 à Dar es Salaam avec les forces du PALIPEHUTU-FNL reste fragile.


Le CNDD-FDD remporta également les élections législatives du 4 juillet 2005 et les sénatoriales du 29 juillet. Nkurunziza est donc élu président le 19 août et investi le 26 août 2005.


La crise de juin 2010

 

Après 5 années, l'érosion du pouvoir conduit à un certain agacement au sein des autres groupes Hutus, le CNDD-FDD obtient une majorité des 2/3 aux élections communales du 26 mai 2010; immédiatement, les partis Hutus signataires des accords d'Arusha dénoncent des fraudes massives, tandis que l'ONU et l'UE, qui supervisent le scrutin, assurent ne pas avoir observé de graves irrégularités.


Peu après, une émeute éclate dans un faubourg de Bujumbura, les manifestants ont découverts une urne remplie de bulletins non-décachetés, dans un quartier acquis aux Hutus anti-Nkurunziza, il y a plusieurs blessés. Le 2 juin, des dirigeants de l'opposition Hutu sont arrêtés, tandis que Ban Ki-moon débarque au Burundi pour appeler à la poursuite du processus électoral... il ne rencontre que le président, ce qui est vêcu par les opposants comme une trahison de la communauté internationale.


Le lendemain, les partis Hutu d'opposition (PALIPEHUTU-FNL, etc...) décident le boycott total des élections présidentielles du 26 juin, le 5 juin, l'ancien président Ndayizeye, qui faisait la course pour remplir les voies, minoritaires, de sa communauté, décide de rejoindre la contestation. Le 7 juin, le gouvernement interdit toute campagne pour l'abstention, ce qui radicalise la divergence.


Nkurunziza, adoubé par l'ONU, fait désormais la course seule, sûr d'une victoire à 100 %... le Burundi entre dans une nouvelle période de crise. À partir du 12 juin, on observe une recrudescence d'attaques éparses à la grenade... autour du siège du chef des FNL, placé de fait en résidence surveillé, des échauffourées éclatent à partir du 16 juin.